A BÂTONS ROMPUS.

A BÂTONS ROMPUS.
Au cours de ces dernières années, des mises en situation de bâtons de Cadere ont eu lieu dans différentes villes : Munich, Baden-Baden, Paris, Maastricht et autres. Les organisateurs s'y sont frottés avec plus ou moins de bonheur et d'inventivité. Ils l'ont fait prudemment car comme chacun sait, souvent ce travail est si intimement lié au contexte de l'époque que toute reconstitution devient vite une fiction hasardeuse. Cadere n'échappe pas à la problématique que posent Beuys, Broodthaers, l'arte Povera et les installations en général. Sans la présence physique de l'artiste, on interprète à sa place et les dérapages sont inévitables. A la Biennale de Venise, contrairement à eux, Daniel Birnbaum a appliqué une méthode qui démontre bien la fragilité de l'histoire et l'inconscience avec laquelle on la traite.
Dans un dédale de cimaises impossible, il a installé des bâtons en compagnie d' accrochages improbables, dépourvus de qualité et de ligne directrice. Le sommet du bide dans ce bric à brac général, est atteint dans une pièce exigüe où l'un des bâtons a pour collègue direct, un magnifique exctincteur dernière génération. Et ce n'est pas la proximité d'Art for All des deux G. qui sauve la mise. Le groupe Gutaï subit d'ailleurs un peu plus loin, le même genre de traitement désinvolte en devenant un parc d'attraction pour grande surface.
Bref, un cas d'école à voir, à étudier et à classer au rayon des curiosités.
Quand à faire de Birnbaum un champion des biennales ratées, c'est aller vite en besogne. La plupart de ses prédécesseurs étaient aussi à côté de la plaque et ont révélé comme lui, quelques très bons artistes ainsi que des régiments de nuls. C'est la loi en la matière, les biennales sont par définition des ovnis ingérables et le malaise général actuel n'arrange pas les choses. Le plus préoccupant c'est de voir des collectionneurs, des galeristes et des artistes prendre mieux la barre et faire le boulot de ceux qui sont payés pour le faire.
Sergio Bonati.
reportage: Jacques Charlier
photos: Ute Willaert