la valeur des choses

Publié le par Jacques Charlier

 

Si rien n'est moins sûr que ce qui est incertain, rien n'est plus sûr que ce qui est certain.

Pierre Dac.

 

De prime abord, il faudrait s'entendre ou du moins s'écouter, sur le sens que l'on attribue à «la valeur»  et en quoi consistent «les choses». En parcourant la plus minable des brocantes, on s'aperçoit vite avec effroi, que les choses que l’on adorait hier, aujourd’hui nous encombrent la vie. Non seulement elles ne valent plus rien, mais  bientôt, il faudra payer pour s'en débarrasser.

On a beau dire que la valeur n'attend pas le nombril des armées, la valeur d'échange, chère à Baudrillard a bel et bien disparu, puisque l'échange de rien avec rien, donne encore et toujours,  moins que rien. Contre quoi voulez-vous échanger un chien enragé, une femme acariâtre, un gratiné dauphinois vieux de six mois, un dentier de cheval ?

Cela fait partie des choses impossibles à valoriser. Si vous arrivez à en faire cadeau à un fou ou un pervers, vous n’en obtiendrez rien, même pas un merci.

L’évaluation du monde dépend donc du point de vue strict de l’observation, et c’est loin d’être un détail. Pour philosopher, il y a lieu de n’avoir ni  chaud ni froid,  ni faim ni soif et être domicilié suffisamment loin des pistes d’aéroport et des élevages de chiens policiers.

Peut-on se questionner sereinement sur la valeur des choses, dans une étroite cellule de prison turque, en compagnie de six  codétenus, en train d’organiser une tournante, dont vous êtes l’enjeu ? Cette évaluation sera certes bien différente de celle d’André Comte Spomville à la terrasse du Flore, aux prises avec un sans logis qui veut s’enfiler son café crème. Pourrait-on questionner Robert Redeker et Michel Onfray sur les valeurs culinaires, sans tenir compte du contexte, dans lequel ils mangent et  font leurs courses au magasin Leclercq ?

Les plus avertis sur la valeur des choses sont sans nul doute, les collectionneurs. Ces masochistes intrépides savent, dès le départ, qu’il leur manquera toujours quelque chose. Sans cette chose unique et irremplaçable, qui n’a pas de prix, mais  complète la série, le reste  hélas, n’accède pas à la  valeur absolue.

N’allez pas croire que je vous  parle ici des collectionneurs d’art, dont les objets sont déjà dotés d’une estimation et d’un contenu préalable. Je vous parle ici, de collectionneurs pointus  obsessionnels, les durs.

Ceux qui possèdent l’avant dernier string de Diana, la serpillière qui a nettoyé les toilettes d’Elvis à son décès, un bon demi-litre de graisse prélevé dans les hanches de Britney Spears, l’ultime et dernier mégot d’Humphrey Bogart. Bref, de collectionneurs de toutes sortes de choses, qui n’ont absolument aucune valeur, sinon un certificat d’authenticité en attestant l’origine.

Encore faut-il ne pas avoir affaire à un faux, du genre morceau de croix du christ ou de robe de Monica Lewinsky.

Mais assez de lamentations, les vraies choses qui possèdent quelque valeur en soi, sont finalement  les plus désuètes et les plus incongrues du monde. Une musique qui réveille des souvenirs et nous arrache des larmes. Un parfum qui nous plonge dans l’émoi. Un geste anodin, la manière de poser un regard. En fait, des choses idiotes  qui ne valent pas grand-chose pour les autres, mais qui pour nous,  appartiennent au domaine du sacré. Si elles s’éloignent aussi vite qu’imprévu, leur disparition nous apporte cette valeur incalculable, non remboursable par la sécurité sociale, mais tellement consolatrice. C’est très bien ainsi, et  cela ne coûte rien.    

                                                                                                                Jacques Charlier.

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D
Great text!
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