Mediocratie. Ecrit en 2007. Depuis ça empire.

Publié le par Jacques Charlier

MEDIOCRATIE.

Ce qui est simple est faux, ce qui est compliqué est inutilisable.

Paul Valery.

C’est notre perception de l’image, qui provoque nos réactions, non l’image elle-même. Nos réactions se contentent de rester purement émotionnelles, tout simplement parce que, réduit à notre narcissisme compulsif, nous rêvons quelque part, de nous rallier à une grande cause collective sentimentale. Hélas, plus aucune religion, doctrine politique, philosophie populaire, ne peuvent répondre à notre infantilisme régressif. Il nous reste donc la télévision, du moins ce qu’il en reste, car désormais, hormis Doctor House, Lost, Prison Break, les Sopranos et les Desperate housewives, Drrik, unit etc... elle se consacre à parler d’elle-même, du bon vieux temps où elle avait du sens et où nous étions toujours ses enfants. Aujourd’hui, elle s’évertue, sous le couvert de la dérision, de jouer la tête de ses propres présentateurs. Elle les envoie, de chaîne en chaîne, s’échanger des vannes dans des jeux stupides avec des acteurs vieillissants et des champions du rire. Lieux où les animateurs d’émissions connues, se doivent de faire bonne figure, en étant ridiculisé sadiquement par un potache, qui se vautre dans des blagues salaces. Cela fait partie de la très sainte règle de l’Ordre médiatique. Tout comme ce perpétuel coming-out, où on révèle les moindres recoins de sa vie privée, en s’adonnant à  l’interchangeabilité des rôles. Quel plaisir que de pouvoir animer une émission de variétés ringarde, tout en sortant un bouquin sur la douleur d’être trop connu, d’avoir souffert dans un feuilleton médiocre ou un mauvais spot de pub. C’est dans cet univers à bout de souffle que s’est réfugié aussi le monde du cinéma. Seul endroit ou il peut, lui aussi, s’essayer à la littérature et à la chansonnette à alibi humanitaire. C’est en vertu de cet appétit digne du Titanic, que les plateaux se remplissent avec toujours les mêmes, surfant entre les émissions, nous bassinant avec leur mal de vivre, leur enfance douloureuse. Ils ne nous épargnent rien, sur la résilience exemplaire qui leur a donné la force de tout surmonter. Preuve obscène, qu’ils ont la même vie que ceux qui les regardent, et qu’il suffit d’en vouloir. Après les embrassades, les rires et les congratulations, on fait systématiquement place au deuil et au recueillement. On évoque la mémoire des martyrs tragiquement disparus, dans le pur style du calendrier des postes d’avant-guerre. St Coluche, Ste Dalida, Claude François, Jo Dassin, De Funès, Gainsbar, Mike Brant, Gregory et tant d’autres qui sont toujours parmi nous. Ce rituel funèbre convient parfaitement, pour exorciser un secteur vidé de toute créativité et subissant le terrorisme de l’audimat. Remises d’Oscars, de Césars, d’Antennes, de Molières, remises de rien, si ce n’est que la possibilité à un microcosme de s’auto congratuler en pleurnichant et d’exhiber des dynasties familiales consanguines.

C’est donc en parfaite collusion avec ce système, que se mesurent les élus politiques. En fait, ils ont depuis longtemps compris, que le vrai pouvoir, était encore là, pour quelques temps. D’où ce record d’audimétrie, pour les dernières présidentielles françaises de 2007. Le regard de vingt millions de fidèles, vaut bien que l’on se préoccupe de son meilleur profil, de la couleur de sa chemise ou de la mèche à rendre rebelle. Le vrai pouvoir, il est dans les mains du réalisateur, de la maquilleuse, de la régie plateau, du cadreur camera, de l’éclairagiste doué. Les moindres rictus, clignements d’yeux, gestes de main ou de tête, deviennent signes pseudo -psycho -révélateurs. Le discours vide d’idéologie, est relégué à l’arrière plan, au profit d’une pure séduction comportementale, accompagnée de petites phrases scénarisées à l’avance. C’est la raison majeure pour laquelle, les politiques se prêtent si facilement aux même traditions que les animateurs. Qu’on peut les voir pratiquer le Karaoké, se déguiser en père Noël, parler à des poupées idiotes, se laisser filmer complètement bourré, enfourcher des taureaux mécaniques, danser avec de hideux travelos. Pourquoi alors leur en vouloir de se donner en spectacle,  puisque dans sa lente agonie, la télé étouffe sous nos rires et nos applaudissements.

J.Charlier. 2007

 

Commenter cet article

elisabeth 16/03/2010 12:52


"panem et circenses" disait Juvenal qui avait tout compris. Maintenant on nous endort avec les "circenses" mais on attend le "panem"